Éducation : Relever le défi d’une formation adaptée pour accompagner une croissante inclusive

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Le système éducatif va devoir évoluer vers une nouvelle réalité économique dans un contexte mondial où l’on observe que le développement des compétences, sous forme de certifications reconnues par les entreprises, va être aussi important que les diplômes qu’à l’horizon 2030. Le numérique jouera un rôle fondamental dans cette nouvelle approche de la formation.

Par Paul Giniès – Président Stratconseil

On constate aujourd’hui, dans la plupart des pays d’Afrique francophones une défiance croissante des familles envers l’école publique. La mise à disposition des TIC (satellites, téléphones, smartphones), de la m-education (contenus, MOOC’s) va révolutionner la diffusion des contenus et introduire une nouvelle variable dans le champ des systèmes éducatifs en pleine transformation. De nouveaux acteurs (sociétés privés, fondations, etc.) apparaissent alors pour se positionner sur ce marché émergent avec 350 millions d’enfants à scolariser en Afrique en une génération. Le rôle de l’Etat, jusqu’alors garant de politiques publiques éducatives, s’en trouve profondément et durablement modifié. La société civile quant à elle a désormais accès à l’information et n’accepte plus de ne pas être partie prenante de la définition de son avenir.

On observe que l’écart se creuse entre l’école et la société et, faute de réponse publique adaptée, une offre multiforme se développe allant du mercantilisme au fondamentalisme.

Le déploiement du numérique permet l’émergence d’un nouveau jeu d’acteurs « sphère publique – entreprises privées – société civile ». Il va accélérer la recomposition de l’écosystème de l’éducation et la relation du maître à l’élève avec un triangle pédagogique durablement modifié dans un contexte où la caractéristique commune à tous les pays d’Afrique sub-saharienne est la déperdition des effectifs en cours de cycle. Redoublements et abandons d’études conjuguent leurs effets sur le taux d’achèvement du primaire (TAP) qui est en moyenne très faible.

  • Sur 81% d’entrants dans le primaire, seulement 52 % en sortent en ayant accompli la totalité du cycle et seulement 33% rentre dans le premier cycle secondaire ;
  • Finalement seulement 8 % terminent le deuxième cycle secondaire et 5% rentrent dans l’enseignement supérieur.

L’éducation en Afrique sub-saharienne risque donc dans le futur d’être encore de moins en moins inclusive. La croissance économique africaine qui est instable et soumise aux fluctuations des cours des matières premières fournira en effet peu de ressources budgétaires additionnelles et se révèlera par ailleurs peu créatrice d’emplois. Ainsi, en raison de la démographie, le maintien et l’accroissement du taux de scolarité dans le primaire va absorber l’essentiel des ressources publiques. L’enseignement secondaire, technique et supérieur risque donc d’être le parent pauvre des politiques publiques d’éducation et de formation alors même qu’il est celui qui permet d’améliorer l’adéquation emploi-formation.

Le système éducatif va donc devoir évoluer vers une nouvelle réalité économique dans un contexte mondial où l’on observe que le développement des compétences, sous forme de certifications reconnues par les entreprises, va, sinon prendre le pas, être aussi important que les diplômes. Ceux-ci ne garantissent en effet pas nécessairement l’employabilité et le temps d’évolution des institutions scolaires et académiques peine à suivre celui de la société et de l’économie réelle.

Ce constat ne vaut pas que pour l’Afrique. Une étude publiée par le World Innovation Summit for Education (WISE) en 2014 (enquête auprès de 645 experts) met en évidence des évolutions rapides dans le monde en matière d’éducation et de formation professionnelle et montre qu’à l’horizon 2030, les certifications délivrées ou validées par les entreprises auront un poids équivalent aux diplômes.

L’emploi des jeunes, et la question sous-jacente de l’adéquation formation-emploi, va donc être une question clé pour éviter de nouveaux « printemps arabes » et permettre aux pays africains d’asseoir une croissance qui soit véritablement « inclusive » et qui repose sur une valorisation de son capital humain (dividende démographique).

Les systèmes éducatifs africains vont devoir poursuivre leur mutation en termes de modalités pédagogiques et de prix pour pouvoir prendre en compte les évolutions d’une société africaine de plus en plus connectée et où les savoirs seront désormais numérisés pour être accessibles au plus grand nombre. Il faut rendre autonome celui qui apprend, favoriser le travail collaboratif, l’innovation, l’esprit d’entreprise tout en renforçant les interactions entre celui-ci et le professeur, le maître ou le formateur, le tout en favorisant son émancipation par l’acquisition et la validation de savoirs et de compétences.

Si le numérique apparaît comme une opportunité en phase avec les besoins d’éducation et de formation des jeunes africains, il constitue bien sûr un risque s’il est synonyme d’un nouveau rapport dominant/dominé ou s’il est un nouvel instrument d’exclusion entre les « connecté et « non connecté », entre les ruraux et les urbains, les riches et les pauvres. La production, la régulation et l’accessibilité des contenus seront une question centrale. Quels contenus, pour quelles sociétés et pour qui ?

En transformant les conditions d’élaboration, de partage et d’exploitation des connaissances, le numérique transforme les savoirs eux-mêmes et la manière dont on travaille. Dès lors, le numérique devrait changer à la fois la manière dont on enseigne, et ce que l’on enseigne : les disciplines comme les méthodes, le « socle de compétences » comme les modes d’évaluation.

(Source Fing Transitions 2015)