Entretien avec Edem ADJAMAGGBO – SEMOA -France – Togo

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Edem Adjamagbo, ingénieur en informatique décisionnelle est fondateur du groupe Semoa, fabricant de bornes de recharge de paiement mobile. En janvier 2018, la startup s’est révélée à la face du continent en remportant le Prix spécial FINANCE INNOVATION lors du concours « Startup of the Year Africa 2018 » à Casablanca. Un sacre qui lui ouvre les portes de la réussite telle que voulue par l’initiateur.  

Edem Adjamagbo entend profiter des opportunités qui se présentent en Afrique en tablant sur la perfection, l’efficacité de ses services, nous sommes allés à sa rencontre lors d’un entretien.

Le LAB : « Pouvez-vous revenir sur votre parcours et sur vos responsabilités à l’heure actuelle ? »

Edem Adjamagbo : « Ingénieur en informatique décisionnelle (Business Intelligence) j’ai tout d’abord eu l’occasion d’intervenir en tant que consultant à la BPCE (Banque Populaire et Caisse d’Epargne) puis pour le compte de la SNCF à Nantes.  Depuis 2016 je suis investi à 100% sur Semoa opérant en tant que CEO et CTO de la société. Je suis également en charge de la prospection client grands comptes et de la relation client.»

Le LAB : « Pouvez-vous nous en dire plus sur votre engagement ? Quelles sont les causes qui vous tiennent personnellement le plus à cœur ? »

Edem Adjamagbo : « L’inclusion financière est un enjeu fondamental pour le développement économique du continent africain. Beaucoup se sont lancés dans la “bancarisation” des population rurales à travers la mise en place de wallets mobiles. Les études ont montré que 80% des usages de wallets mobiles sont pour du rechargement de crédit téléphonique et le transfert d’argent P2P. 

En ce qui nous concerne, chez Semoa nous sommes fondamentalement convaincus qu’il faut développer les usages des wallets afin de réellement arriver à une inclusion financière réussie. Nous avons démarré par la réception de salaire sur compte mobile via Semoa Pro, puis nous sommes passé à l’interopérabilité des wallets. Bientôt, nous nous attaquerons au développement du paiement marchand en retail.»

Le LAB : « Pouvez-vous nous en dire plus sur les raisons qui vous ont poussé à lancer votre start-up ? »

Edem Adjamagbo : « L’histoire a commencé en 2013 lors d’un séjour en Ukraine (mon pays de naissance) où j’ai découvert qu’on pouvait acheter du crédit téléphonique non plus via des cartes à gratter mais sur des bornes automatiques. L’idée m’est donc venu d’adapter cette technologie à nos réalités en proposant un système de décentralisation de règlement de factures. 

Je suis un fervent croyant du « Made in Africa ». Ce qui m’a conduit à fédérer autour de moi une équipe de développeurs à partir de 2015 pour concevoir les logiciels indispensables au fonctionnement des bornes. Grâce au travail fructueux de l’équipe nous avons pu prouver que le MVP était technologiquement viable.                                   

Après plusieurs mois d’essais et de tentatives d’interesser les opérateurs téléphoniques et banques locales, nous avons compris que nous devions relever le niveau de rendu de nos livrables pour être crédibles. 

En 2017 nous avons donc livré notre première borne pour un client béninois qui s’avère aujourd’hui être un partenaire privilégié pour notre implantation au Bénin. 

Bien que nous ayons pivoté en 2018, il me tenait à cœur de prouver qu’en Afrique nous ne sommes pas moins méritants que les autres continents. Nous sommes très en retard sur l’éducation et sur la formation technologique mais il suffit d’apporter une petite étincelle à un africain pour qu’il fasse des miracles avec trois bouts de ficelle. »

Le LAB : « Pourquoi considérez-vous qu’il soit primordiale d’encourager et de soutenir les jeunes entrepreneurs africains ? »

Edem Adjamagbo : « En Afrique nous sommes malheureusement dans un écosystème où les personnes fortunées préfèrent investir dans les terrains ou dans des business déjà « bien huilés » et même pire, investir sur les marchés étrangers (hors Afrique) plutôt que dans des jeunes entrepreneurs du continent. Il y a clairement une crise de la confiance entre ces investisseurs potentiels et les porteurs de projets.  Alors c’est juste fondamental de soutenir les jeunes entrepreneurs africains en : 

  • leur apportant de la formation et les sensibiliser à la gestion rigoureuse des fonds de l’entreprise. 
  • sensibilisant et rassurant les investisseurs locaux en créant et animant des clubs de Business Angels. 
  • mettant en place une politique fiscale incitative pour favoriser l’investissement local. 
  • Enfin il est primordial d’améliorer le cadre légal, quite à créer un régime « spécial startups » permettant aux investisseurs d’avoir plus de poids dans les décisions et un meilleur contrôle de l’entreprise. 

Aujourd’hui, à défaut d’avoir des solutions locales efficientes et globalisées, les ventures capitalistes sont à la recherche des meilleurs deals pour leurs portefeuilles. C’est donc un concours mondial dans lequel l’Afrique doit séduire. Conclusion : il faut rendre la mariée belle. » 

Le LAB : « Pourquoi participer aux African Rethink Awards vous tient-il à cœur ? »

Edem Adjamagbo : « ARA 2019 est pour Semoa une vitrine qui tombe à point nommé dans le développement de Semoa-Togo. Après le lancement de nos activités au Bénin, le pays cible pour 2020 est la Côte d’Ivoire. Pouvoir y présenter la solution Whatsapp Banking nous permettra d’avoir la crédibilité nécessaire pour développer les partenariats stratégiques. »

SEMOA