La dette publique africaine inquiète

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En 2018, la valeur médiane de la dette extérieure d’Afrique subsaharienne a atteint 58% du Produit Intérieur Brut (PIB).

Ces chiffres ont été publiés dans le rapport « Africa Pulse » de la Banque Mondiale, paru en avril 2019. Pour de nombreux experts, la montée de la dette est préoccupante face à la conjoncture économique internationale.

La dette africaine à 58% du PIB en 2018

En 2000, la médiane de la dette publique en Afrique subsaharienne atteignait 90% du PIB. Un chiffre qui tombe à 32% en 2018, grâce à la mise en place de l’initiative en faveur des pays pauvres et très endettés.

C’est à partir de 2013, que la dette publique augmente de nouveau dans la région. En 2018, sa valeur médiane représente environ 58% du PIB. Les principaux facteurs de cette augmentation : déficits budgétaires, dépréciation des taux de change et croissance négative dans plusieurs pays de la zone.

En plus de son niveau croissant, la composition de la dette extérieure a changé. Tournés principalement vers des sources traditionnelles de financement, les gouvernements privilégient désormais les marchés financiers et les nouveaux créanciers extérieurs.

La part libellée en devise dans la dette extérieure totale a augmenté de 10% de 2010 à 2017. Celles des dettes envers les créanciers commerciaux a augmenté de 5%.

En 2018, près de la moitié de la dette extérieure est détenue par des banques commerciales. En ce qui concerne les émissions d’obligations internationales depuis l’Afrique subsaharienne, elles ont atteint un niveau record en 2018, établies à 17 milliards de dollars.

De 2013 à 2017, ce montant ne représentait que 4,5 milliards en moyenne par an.

Vers une nouvelle crise en Afrique subsaharienne

Le déplacement vers les marchés financiers et l’augmentation de la dette extérieure des pays subsahariens inquiètent certains économistes.

Selon le rapport publié par la Banque Mondiale, ces évolutions « accroissent considérablement les vulnérabilités liées à la dette » des pays subsahariens.

Fin 2018, près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne présentent un risque élevé de surendettement ou sont déjà surendettés. Professeur à Paris School of Economics, François Bourguignon alarme : « Une nouvelle crise est peut-être en gestation en Afrique subsaharienne. »

Pierre Bourguignon distingue trois éléments qui pourraient être à l’origine d’une nouvelle crise en Afrique subsaharienne.

Selon lui, cette dernière empêcherait ces pays d’effectuer un rattrapage économique sur le reste du monde. La première inquiétude : la faiblesse des taux d’intérêt.

Face à ce phénomène, les investisseurs internationaux se sont tournés vers des placements à hauts rendements dans les pays émergents.

Or, les pays émergents en question éprouvent actuellement des difficultés à rembourser leurs créances. Par conséquent, ils risquent de se trouver contraints de souscrire de nouveaux emprunts.

D’autre part, les prêts obtenus doivent être remboursés en dollars, au bout de deux ans ou moins. Ils ont vocation à être investis dans des projets d’infrastructure.

Or, les rendements de ces projets apparaîtront sur le long terme et en monnaie locale. Il sera alors nécessaire d’encourir à de nouveaux emprunts pour rembourser les premiers prêts à temps.

Enfin, un troisième élément éveille l’inquiétude de Pierre Bourguignon : la remontée probable des taux d’intérêt internationaux. Elle affecterait la capacité de refinancement des pays à bas revenus fortement endettés à court et moyen termes.