Le coronavirus et nous ou l’intrusion sociale et politique d’une entité biologique et ses enseignements pour le présent et l’avenir

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Alors que le pays s’apprête à entrer dans un épisode d’exposition à une pandémie exceptionnelle induite par le coronavirus COVID – 19, les dernières mesures gouvernementales annoncées de fermeture des établissements scolaires, cela s’entend parfaitement, mais universitaires et de recherche, cela rappelle curieusement le geste emblématique de l’autruche qui pense éviter le danger en cachant sa tête dans le sable !

N’est-ce pas plutôt le moment, pour relever dignement le défi de cette menace, de mobiliser et de motiver davantage la communauté des « Scientifiques » (pour ne pas dire des savants, mot trop galvaudé pour désigner nos hyper spécialisés d’aujourd’hui !) pour s’investir de suite et à bras – le – corps dans la lutte contre l’Intrus, même avec les moyens du bord, afin de contribuer à rechercher des solutions, des comportements adéquats, des réflexes de résistance utiles à l’encadrement de nos nombreuses populations qui elles, n’ont pu, généralement, profiter de l’université, de l’école et le plus souvent même d’un simple programme digne et sérieux d’alphabétisation .

N’oublions pas, ne serait-ce que par décence morale, que ce sont les richesses et deniers publics qui devaient revenir et servir à l’amélioration des conditions sociales, sanitaires et éducatives de ces populations, qui ont été le plus souvent affectés à l’érection des nombreuses universités, centres de recherches et laboratoires de recherche universitaire algériens, à qui il est implicitement demandé aujourd’hui de prendre un congé complémentaire, inopiné et bien sûr payé par la collectivité nationale. Et ce, alors que le Loup vient de pénétrer dans la bergerie, et qu’ils sont, de par leur vocation d’universitaires et d’élite considérée du pays, naturellement investis dans leurs rôles et fonctions de véritables bergers et sentinelles de leur société et populations.

On met en congé d’office et obligatoirement les Intelligences au lieu d’en faire le premier bouclier de protection sanitaire des populations ? Alors devons-nous jeter l’éponge, abandonner le combat avant de l’avoir véritablement livré, déserter les vocations et obligations de nos compétences en de pareilles circonstances, en attendant comme toujours les éventuelles solutions, parades vaccinales et molécules thérapeutiques d’Outremer ?

Acheter des molécules et toujours des médicaments, des vaccins, et toute la gamme des préparations thérapeutiques et de prévention sanitaires d’Outremer. Notre peuple, depuis l’aliénation coloniale et ce qui s’en est suivi malheureusement, est devenu un peuple d’acheteurs et de grands consommateurs. Mais plus un peuple digne de créateurs qui assume ses héritages, sa riche histoire et sa pleine humanité qu’il revendique pourtant bien ostensiblement.

Donc devant le danger annoncé, une seule équation semble avoir accaparé l’esprit des décideurs : mettre tout le monde en position d’arrêt », en attendant le signal des vendeurs d’Outremer qui eux n’attendent personne et continuent, même en de pareilles situations, de travailler, de rechercher, d’innover et de préparer des solutions à vendre aux gouvernants irrémédiablement attentistes.

POURQUOI LE DANGER QUI NOUS MENACE AUJOURD’HUI EST LE CORONAVIRUS COVID-19 ET POURQUOI NOUS TROUVE -T-IL SI DEMUNIS MAINTENANT ?

La sécurité sanitaire commence par, ou plutôt a comme préalable essentiel, la sécurité alimentaire. Notre pays, mais aussi d’autres, ne maîtrise aujourd’hui ni l’une, ni l’autre ; et vice-versa.

Notre pays depuis seulement quelques décennies de mondialisation des économies et des marchés, est devenu un grand Bazar, ouvert à tous les vents, à tous les produits, intrants chimiques (pesticides, fertilisants de synthèse, etc. ) , intrants biotechnologiques (OGM, semences hybrides) , pharmaceutiques et autres, sans suivi et contrôle véritables, ni barrières scientifiques, ni barrières législatives en matière de protection sanitaire de la chaîne alimentaire, donc des populations et grands consommateurs qu’ils sont.

Alors que, c’est un savant bien de chez-nous, qui avait dit, non pas hier ou il y a 10 ou 20 ans, mais bien au 12ème siècle : Ton aliment, est ta Médecine (Ibn Rochd, Averroès pour les Latins).

Le coronavirus et ses menaces de cette année, autant que la grippe porcine, puis aviaire, qui se sont manifestées il y a quelques années avec aussi leur lot de mortalité humaine, ne sont que les premiers signes et alarmes de la détérioration de notre écosystème naturel. Le COVID-19 aujourd’hui et les innombrables atteintes virales ou autres à venir, ne sont pas une fatalité tombée du ciel, mais seulement l’assurance et preuve de la modification notable et rapide de notre écosystème naturel et alimentaire devant les diverses et multiples intrusions nouvelles de faux-progrès répondant plus aux règles d’un marché glouton et vorace qu’au bien-être de l’homme et des populations.

Parmi ces nouvelles intrusions de la chimie industrielle, de la biotechnologie, de l’agro-industrie et ses monocultures, nous n’évoquerons, dans les processus et causes de destruction progressif de l’ancien modèle naturel de notre écosystème que le cas des pesticides, des OGM, des semences transgéniques qui dominent l’essentiel des marchés et productions agricoles de la planète aujourd’hui. Ces derniers sont, pour la plupart, responsables de la grande croissance et fréquence des pathologies chroniques marquant ainsi la transition épidémiologique qui affecte aujourd’hui une forte proportion des populations du monde, dont la nôtre tout particulièrement.

Alors que notre biologie, ses divers mécanismes physiologiques de régulation, dont les systèmes immunitaires, ont mis des millions d’années à se parfaire et à s’adapter progressivement aux conditions et facteurs de l’environnement en constituants de notre écosystème naturel. Voilà qu’en seulement 70 ans de progrès dit moderniste et d’intensification agricole (poids des procédés anti-biologiques induits par les fertilisations chimiques, les protections phytosanitaires, etc.) nos métabolismes naturels et nos capacités biologiques naturelles à faire face à ces divers intrusions rencontrent des limites, entre autres d’ ordre immunologique vis-à-vis de certains constituants, organismes ou entités génomique, tel le COVID- 19 aujourd’hui. Rajoutons à ce déséquilibre de notre écosystème hérité, après l’introduction par le modèle intensif d’exploitation agricole des années 50, l’incidence agressive des nouvelles biotechnologies « Made in USA » des années 90 avec leur lot d’imprévus, d’incertitude et de nouveaux produits végétaux et animaux des « artisans sorciers » d’OGM (organismes génétiquement modifiés), de semences transgéniques et de cultures désormais et obligatoirement associées aux usages excessifs de pesticides. Rappelons, au passage, que dans le cas des graines de Soja OGM, a été injecté un fragment de génome de bactérie préalablement élevée et sélectionnée pour résister à des fortes concentrations de pesticides !

LA DESTRUCTION PROGRESSIVE ET INEXORABLE DE NOS PAYSANNERIES QUI NOUS NOURRISSAIENT DEPUIS TELLEMENT LONGTEMPS AVEC DE BONS PRODUITS SECURISES

Les menaces du type Coronavirus et bien d’autres similaires qui viendront certainement après sont le résultat aussi de notre silence, de notre inconscience ou complaisance. En un mot, nous en sommes aussi responsables du prélude socio-économique et malheureux de ce désastre. Car, nous avons tous participé, volontairement ou involontairement, à la destruction progressive et inexorable de nos paysanneries qui nous nourrissaient depuis tellement longtemps avec de bons produits, des bonnes techniques culturales pratiquées le plus souvent naturellement et selon les règles et lois inspirées de notre écosystème global. Et ce, rien que par le savoir empirique ancien et son oralité et la transmission ancestrale assumée d’une génération à l’autre. Aujourd’hui, et depuis quelques décennies, il n’y a plus de relève paysanne dans notre pays, plus de paysannerie même. Nos paysans ou leurs lambeaux et résidus indignés sont parqués dans les bidonvilles, autour des villes ou dans les HLM des nombreuses cités béton villes.

Il nous faudrait regarder en face et courageusement le déséquilibre, la dislocation et l’indignation qu’accusent les populations paysannes et le monde rural en ce début du deuxième millénaire dans notre pays et bien ailleurs. La fuite en avant de la sur urbanisation effrénée des villes entre autres côtières avec cet entassement, sans stratégie, ni prospective, des populations, et qui obéit surtout à des schémas et stratégies pécuniaires à intérêts myopes, donnent le coup de grâce à la destruction finale du monde rural. Bientôt les produits agricoles et alimentaires ne seront que du ressort exclusif des multinationales de l’agro-industrie avec ses corollaires de nivellement des modes alimentaires et d’extrême exposition aux maladies chroniques (Diabète, Hypertension, Obésité, Cancers, Alzheimer, etc.).

Les éléments d’analyse qui révèlent cet état de fait se retrouvent et s’expliquent dans les nouveaux rapports d’inféodation de la ruralité et du monde rural par rapport au milieu urbain et à ses décideurs:

Il est fréquent, en effet, de constater la décision unilatérale des décideurs d’affecter et d’orienter systématiquement les eaux usées dites épurées des villes à une réutilisation agricole (sans aucune consultation de la partie concernée). La ville, de plus en plus monstrueuse et presque ingérable, se débarrasse de ses déchets en les imposant à la campagne. Il en est ainsi des boues des stations d’épuration comme fertilisants ou compost (bien que contenant beaucoup de polluants dont les métaux lourds) aux parcelles agricoles, connaissent la même affectation … Le monde rural et paysan est devenu la Poubelle ordinaire de la ville. En somme, après avoir chassé les paysans, ces exclus de la terre, de leur milieu naturel et ancestral en les cantonnant dans les bidonvilles ou nouveaux béton villes, on pousse le processus d’indignation jusqu’à leur proposer les véritables et dangereux déchets de la ville. Ni considération, ni effort particulier des décideurs pour réhabiliter et élever les conditions socio-économiques et citoyennes des ruraux.

Voici enfin les questions objectives qui s’imposent à nous, si l’on souhaite véritablement comprendre notre fragilité, nos faiblesses biologique, humaine et citoyenne, à faire face aux menaces du coronavirus dans notre présente époque ou aux autres menaces du même type que nous connaîtrons certainement dans le futur :

– Sommes-nous tous voués à n’être que des urbains entassés dans des villes, et devons-nous accepter la disparition totale de la paysannerie algérienne déjà en lambeaux, subsistant dans l’indifférence et sous une indignation instituée ;

– Devons-nous confier notre santé aux multinationales de l’agro-industrie et leurs produits de monoculture qui ont pris le monopole sur nos produits courants d’alimentation ;

– Devons-nous continuer de nous nourrir avec des poulets d’élevage industriel nourris essentiellement avec des concentrés de Soja OGM et de Maïs OGM, et le plus souvent saturés en antibiotiques ;

– Devons-nous accepter que de nombreuses et nouvelles molécules de synthèse qui nous arrivent journellement par le biais des compositions agroalimentaires comme les colorants et les conservateurs chimiques, des compositions pharmaceutiques, des intrants chimiques agricoles, etc., continuent à envahir notre milieu naturel (nappes phréatiques, sols, oueds, mer), notre chaîne alimentaire globale et par la suite, à moyen ou long termes, nos organismes.

– Ne pensez-vous pas que la Sécurité sanitaire passe nécessairement par la Sécurité alimentaire. Et que pour ce faire, la meilleure garantie ne peut provenir que de la vocation naturelle d’une paysannerie, réhabilitée dans sa dignité, élevée dans ses conditions sociales, économiques et politiques… Enfin, une paysannerie heureuse et considérée !

Professeur Hassini Tsaki – Université d’Oran

 

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