Ruth Kihika, reine kenyane de la biochimie

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Ruth Kihika, reine kenyane de la biochimie

(Kenya)

Ruth Kihika est originaire de Nairobi et a été élevée, dès son plus jeune âge, par ses grands-parents. C’est son transfert vers une école primaire publique située dans un village rural qui lui donne à constater les différences d’infrastructures, notamment sur le plan scientifique. « Ma fascination pour les sciences a commencé très tôt, grâce à mes professeurs de sciences aux niveaux primaire et secondaire. Je savais que je voulais étudier la chimie. »

Plus elle avance dans ses études, moins il y a d’étudiantes et d’enseignantes. Finalement, elle trouve son domaine de recherche, l’écologie chimique, tout en terminant sa maîtrise en sciences. Pour son doctorat, elle décide alors de se concentrer sur les nématodes cécidogènes (RKN), un ver parasitant de nombreuses espèces cultivées et présentant un risque pour la sécurité alimentaire au Kenya et dans d’autres pays d’Afrique. Ces vers agissent en inhibant la capacité des plantes qui leur servent d’hôte à absorber l’eau et les nutriments.

« Les pertes globales associées à l’infection des RKN sont estimées à 157 milliards de dollars par an. L’impact économique sur les petits exploitants africains n’a pas encore été établi, mais des pertes de production de 40 à 100% peuvent être enregistrées. Les mesures d’atténuation déployées pour lutter contre ces parasites ont eu un succès minimal, en plus des nématicides les plus efficaces qui ont été interrompus en raison de leurs impacts négatifs sur l’environnement et les organismes non ciblés. » Relever ce défi et contribuer à l’élaboration de stratégies alternatives respectueuses de l’environnement est le thème de ses recherches. 

Pour cela, elle étudie la communication chimique dans les interactions plante-RKN en ciblant le stade de recherche d’hôte infectant des RKN qui constitue un maillon potentiellement faible de leur cycle de vie. Et elle a choisi d’étudier des plants de tomates sensibles et résistants afin de déterminer les voies biochimiques pouvant être manipulées pour la fabrication de cultures résistantes au RKN et d’identifier ainsi les composants naturels ayant des effets nématicides à utiliser dans des installations en champ. « Cela doit mener à l’identification de gènes cibles en corrélation avec les voies biochimiques responsables de la résistance des plantes aux RKN qui peuvent être manipulés pour le développement de variétés de tomates résistantes et à des recommandations sur des composés candidats pour des essais sur le terrain. »

Grande admiratrice de la prix Nobel kenyane Wangari Muta Maathai, cette mère de deux garçonnets a « un mari très compréhensif ». Néanmoins, elle jongle toujours pour concilier sa vie de famille avec sa carrière dans la recherche. Elle voudrait poursuivre des études postdoctorales après sa thèse qu’elle terminera dans deux ans. « Ma grand-mère était très impliquée dans le mouvement Green Belt. Elle a réussi à mobiliser la communauté pour que l’agroforesterie soit adoptée afin de mieux conserver l’environnement. C’est le type de recherche que je veux faire, une recherche qui motive les gens et qui contribue aux transformations de la société. L’obtention du prix des jeunes talents d’Afrique subsaharienne est un premier pas pour atteindre mon objectif. »