Soigner la leucémie en alliant la biochimie au pouvoir des plantes : le défi de Francine Tankeu​

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Soigner la leucémie en alliant la biochimie au pouvoir des plantes : le défi de Francine Tankeu

(Cameroun)

L’amour des sciences est apparu très tôt pour cette native de Bafoussam au Cameroun. Ses six frères et sœurs sont en effet tous devenus des scientifiques. En outre, sa sœur cadette « est née avec une imperforation des canaux lacrymaux, ce qui a nécessité une prise en charge dès les premiers jours de sa vie. Or, à l’époque, il n’y avait pas de pneumologue là où nous habitions. Mon père devait faire le déplacement deux fois par semaine pour faire soigner ma sœur ». Une situation qui a très vite orienté Francine Tankeu vers les sciences du vivant. Elle intègre plus tard l’université de Yaoundé et se spécialise dans la biologie. « Le décès d’un ami des suites d’un cancer m’a véritablement conduite à vouloir me servir de la recherche pour résoudre des problèmes de santé publique. » 

Aujourd’hui encore au Cameroun, les femmes chercheuses se heurtent à de nombreux préjugés. « La majorité des enseignants préfèrent travailler avec des doctorants hommes, en raison de ce qu’ils imaginent être les obligations incombant inévitablement aux femmes doctorantes, dont beaucoup sont aussi épouses et mères, ce qu’ils considèrent comme un frein à l’avancement de leurs études. ». Malgré ce plafond de verre, la camerounaise a décidé de poursuivre ses études de doctorat, centrées sur la feuille de Syzygium guinéens. Sa thèse, qu’elle soutiendra fin 2020, sera notamment consacrée à la transplantation de cellules leucémiques sur les extraits de cette plante. « Les résultats préliminaires déjà obtenus ont montré que deux fractions de l’extrait éthanolique des feuilles de Syzygium guinéens sont de bons candidats pour le développement des nouvelles molécules contre les leucémies myéloïdes aigües et chroniques. »

Pour la biochimiste, son principal défi quotidien est celui d’opérer sa recherche avec des moyens limités. Ce qui ne l’empêche pas d’envisager l’avenir avec optimisme. « Je rêve d’une longue carrière en recherche, mais aussi d’intégrer une université de manière permanente. Pour cela, il me faudra renforcer mes capacités à travers des formations et de nouvelles expériences scientifiques, ce à quoi contribue déjà le Prix Jeunes Talents en Afrique sub-saharienne. »